De ma fenêtre

De ma fenêtre
Toulouse, 5 juillet 2014, 21h15

mardi 30 décembre 2014

La nuit 36


Jamais nuit n'est banale ni transparente,
se mettre au lit, accomplir de l'enfance
le rite, faisant mine d'y subir la monotonie
succédant au mécanisme du quotidien,
ne laisse personne dupe de l'abîme ouvert
dans le noir, chambre, ciel, tout est noir,
ce noir n'a rien à voir avec l'obscurité,
n'est pas le contraire du blanc, le contient,
profond, la vie réduite au souffle proche,
le corps couché s'empare de l'air, se replie
sur lui-même, ne fait qu'un avec les draps,
le matelas, les murs, les pièces, tout est un,
peu à peu s'étend au-delà, l'esprit se délite,
surgit ici et là, mêle temps et lieux, s'y perd,
si bien qu'en milieu de nuit, lorsque du fond
du ventre, des poumons, des muscles, naît
une infime excitation, les yeux s'ouvrent et
la vie reprend le dessus, la véritable nuit
peut commencer, opaque et lumineuse,
tout devient possible, il m'arrive de danser,
de chanter, de pleurer, de survoler des régions
peuplées ou désertiques, passant du sable à l'eau,
d'un chemin de montagne à une piste rouge,
mais le plus étonnant n'est pas là, après tout
les bornes de la réalité sont si étroites que
la moindre occasion suffit à les anéantir,
à nos risques et péril, ici l'histoire bat de l'aile,
et ses épines sont partout, qui me griffent,
membres transpercés, le visage se décolle,
la gorge se serre, je dois ramasser mes forces,
mon corps se fait metteur en scène de ma vie,
passée, à venir, ma peau est en éveil, exposée
aux caresses, aux coups, je reprends sans cesse
des dialogues ratés, des épisodes insensés,
jusqu'à ce que tel ou tel moment offre un répit,
un éclair de douceur, un sourire flottant,
je m'accroche à la bouée, fais la planche,
et, sous le ciel moiré du halo de la fenêtre,
me dilue, ne fais plus qu'un avec l'infini.

(30 décembre 2014)

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