De ma fenêtre

De ma fenêtre
Toulouse, 5 juillet 2014, 21h15

lundi 29 décembre 2014

La nuit 35


Cette nuit, la colère l'a emporté sur tout,
de celle de Dieu à celle d'Achab, du volcan,
de l'océan, de la montagne, je ne sais plus,
la liste est longue, je sautais de l'une à l'autre,
y puisais une énergie destructrice étonnante,
visant comme à la foire tout ce qui passait
à ma portée, tout, le casse-pipe universel,
d'abord les dieux, qui l'ont facile, de rugir
quand bon leur semble, pour faire le ménage,
lancer au feu les paltoquets que nous sommes,
déchirer les familles, les peuples, les amants,
Zeus toujours debout, arrogant de puissance,
jouant de la cuisse à qui mieux mieux, mère
ou fille, qu'importe, l'énergie irrigue les corps
divins ou semi, la colère souffle sur les esprits,
attise les braises des passions molles, et j'étais là,
à bouillir sur mon matelas, jetant à l'entour
des regards de sang, les livres m'avaient menti,
les meubles étaient vieux, les chaussettes en boule
avachies d'avoir tant marché, je me rapprochais
peu à peu de l'essentiel, mes jambes agacées
n'avaient de cesse de lancer des coups de l'âne,
on eût dit des poissons hors de l'eau, harponnés
par Queequeg dressé sur la pointe des pieds,
et moi coincé entre deux barriques sur le pont
du Pequod, j'étais parti pour une nuit d'océan,
sous un ciel de mercure et de plomb fondu,
zébré de coulées rouges, la bave de la colère,
le corps bandé à se rompre les os, le crâne,
alors oui, la colère l'a emporté sur tout, sur moi,
Zeus vaincu, l'homme à la jambe arrachée
par le destin jetant au loin des regards d'aigle,
le cannibale m'a sauvé, son visage raviné
par le sel, tatoué jusqu'à l'âme, me suis levé
d'un bond en criant, fenêtre largement ouverte,
comment tolérer que la vie soit bafouée, rongée
de l'intérieur, alors que le vent du large chante
dans les haubans, me tenant au garde-corps,
bastingage de ma chambre, inspectant la rue,
la pointe des cyprès tendue vers les étoiles,
apaisé, accueillant la douceur des larmes,
embruns de pacotille, où miroitait le rire
cristallin des sylphides annonçant le jour.

(29 décembre 2014)
Toulouse, 24 juin 2014, 21h34. ©JJMarimbert


4 commentaires:

  1. Merci, ami de la colère et de l'océan! Lire, relire Melville, oui!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci à toi, Sylvie, oui, Melville, toujours à côté, avec quelques autres…

      Supprimer
  2. Très beau. Très belle langue. La colère n'en porte que plus loin !

    RépondreSupprimer