De ma fenêtre

De ma fenêtre
Toulouse, 5 juillet 2014, 21h15

dimanche 21 décembre 2014

La nuit 28


La nuit, disons presque chaque nuit,
je pense à d'anciennes nuits passées
à déjouer les pièges du je, tant ce mot,
ce qu'il trimballe d'obscur, de clinquant,
cette fausse transparence à soi aussi
spectrale qu'un fantôme de comics,
me paraît vide ou mieux, percé d'un trou
si petit, entouré par rien, sans cesse
appelant râteau, pelle et seau de plage
pour affronter l'érosion des vagues,
alors, tout est bon pour passer à côté
et, l'air de rien, laisser traîner le pied
pour l'enfouir dans le sable, faire glisser
un galet plat et tasser, tasser, jusqu'à
ne plus rien entendre, sinon le murmure
de l'eau, fraîche et limpide, où le corps
retrouve l'intimité du monde offert
à la peau, attentive à tout, que le je,
prétentieux et têtu, imagine dépasser
par je ne sais quelle transcendance
de bazar, vite engloutie par le plus
petit alevin, minuscule écharde argentée
fichée dans la cheville pour à tout prix
vivre, vivre, ou un crabe translucide,
pas plus gros qu'une lentille de verre,
chahuté par le courant, emporté
dans le remous de sable et d'algues,
à l'affût du moindre débris de chair,
tandis que le je sombre dans l'abîme
qu'il a lui-même creusé dans le rien,
s'il ne prend garde que l'horizon bleuté
est à ses pieds, si près, fragile insignifiant,
alors qu'il est, si peu soit-il, perdu
dans l'entrelacs de ses tracas feints,
ou fabriqués de toute pièce, au point
d'envahir la nuit pour tenter d'en sortir,
n'ayant au bout du compte, pour appui
solide, que le chant d'un invisible merle
annonçant, dans le noir, la venue du jour.

(21 décembre 2014)

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