De ma fenêtre

De ma fenêtre
Toulouse, 5 juillet 2014, 21h15

samedi 18 juillet 2015

L'orage a tout nettoyé


L'orage a tout nettoyé, la rue, les façades,
les arbres, le jardin, les yeux, ce matin luit
pourtant le merle se tait, le ciel est gommé,
un voile gris masque l'univers, tourterelles,
pigeons, martinets, même le rouge-gorge,
d'ordinaire avide de miettes jetées depuis
la fenêtre, sont invisibles ou peu s'en faut,
c'est à peine si l'avenue s'entend, le Canal
est gavé d'eau, les carpes dorment, la nuit
a été rude, déluge, éclairs, tonnerre et vent,
je pensais aux marins, aux brebis affolées,
aux enfants, les yeux figés dans la lumière
blafarde du ciel déchiré, aux grandes forêts
tropicales gorgées d'humidité, aux typhons
du Japon et aux vagues scélérates, tandis
que le volet claquait sec, dans la moiteur
du lit où mon corps ne tenait pas en place,
se battant contre je ne sais quoi d'intérieur,
étranger à l'atmosphère électrique des nues,
le voisin du dessus s'est levé, c'était Achab,
muet, arpentant le pont, ruminant sa pensée,
son unique pensée, si puissante, aveuglante,
il marche sur son os, dans la rue une voiture
troue le mur de pluie, les cyprès harponnent
l'orage, s'agitent en signe de victoire, la nuit
bascule dans le gouffre du paradis, horizon
neuf, sur le dos de la baleine je vois la côte,
et ce matin, les oiseaux se taisent, l'air frais
baigne la chambre, sur la vitre une mouche
court en tout sens, accoudé au garde-corps
je rêve, le ventre encore noué d'avoir lutté,
des lambeaux flottent, balayés par la brise,
être patient, tu sais, l'orage a tout nettoyé.

(19 juillet 2015)
Toulouse, 27 janvier 2015, 8h12. ©JJMarimbert


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