De ma fenêtre

De ma fenêtre
Toulouse, 5 juillet 2014, 21h15

dimanche 12 juillet 2015

En lisière de sous-bois


En lisière de sous-bois, écarter les délicates
fougères, crosses dressées vers le jour bleu,
passer un ruisseau scintillant au soleil de midi,
ici et là des cloches ruminent les yeux mi-clos,
abeilles, libellules, citrons, sauterelles rouges
fuient gaiement devant les semelles crottées,
mais, le bâton soudain coincé entre les roches,
écraser la fourmilière des rêves, pied enfoncé
dans la terre meuble, ville dévastée, panique
de tout côté, les fourmis filent accourent puis
repartent, s'enfoncent affolées sous les herbes,
elles ne crient pas, ne disent rien, mécaniques,
rêves de paysages, rêves de rires et de matins,
rêves de tableaux, de musiques et de bistrots,
chaque fourmi tente de sauver graine, miette,
brindille, peau de cerise ou reste de scarabée,
le pied assassin hésite à se poser sur l'herbe,
des pans entiers de galeries et de chambres,
de grappes blanchâtres de larves, s'effritent
et s'écroulent, une seule idée, sauver la reine,
mais la reine agonise, énorme et flasque elle
gît, corps gorgé d'œufs, en tête le vol nuptial,
l'air frais, les fleurs de pommiers, et ses ailes
fragiles, prise de vertige, ses rêves s'enfuient,
condamnés avec elle, la lumière est agressive,
alors, elle se sent soulevée, recouverte de terre,
le bâton rassemble ici et là des ruines de rêves,
les ouvrières reviennent, s'activent, en théories
serrées elles consolident les restes de la cité,
enfin l'ombre des galeries, trouver des forces,
pondre à nouveau, rêver, de voyages, d'océan,
de terrasses ensoleillées, de visages, d'amour,
de ciels, de pics enneigés, de nuits, de paroles,
encore et encore créer, je reste accroupi, figé,
je pose ma main sur la fourmilière, yeux clos,
sur ma peau, je sens la caresse de tes doigts.

(12 juillet 2015)
Saint-Pastous (65), 27 août 2013, 16h49. ©JJMarimbert


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