De ma fenêtre

De ma fenêtre
Toulouse, 5 juillet 2014, 21h15

mercredi 3 juin 2015

La nuit 87


Impossible, cette nuit, de savoir d'où vient
ce bruit, s'il n'est folie des sens, du monde,
apparu, surgi plutôt, du poumon, du crâne,
soudain évaporé, caché on ne sait où, oui,
si près, dans les escarbilles de l'insomnie,
à brûler les paupières de nouveau, éclaté,
musique, le souvenir haché d'une mélodie,
écho de l'avenue que l'autan fait virevolter
sur les façades, tournoyer entre les cyprès
bleus d'Arizona, faisant trembler un merle,
revenant, têtu, taper contre le volet, tac tac,
des baguettes d'Asie sur un coffre de bois,
le rythme d'une danse, du désert, des forêts,
il y a des huttes, des jonques, des bambous,
quelle idée aussi, de le fermer, déraillement
des sens exaspérés, aucun danger que la mer
envahisse la chambre, balaie tout par la force
de l'eau, livres et bureau, étagères fracassées
contre le mur, l'eau s'engouffre dans le couloir,
aucun danger, sous l'eau le bruit est si étrange,
ondule, d'où les sirènes, alors fenêtre ouverte,
ce qui entre finit par sortir, le corps tourne et
retourne dans les draps, chagrins de l'enfance,
l'homme aussi pleure, muet, console l'oreiller,
douceur salée des larmes, joie de voir la mer
rejoindre l'horizon, émettre un bruit, profond,
tu sais, un appel, d'un oiseau posé sur ta main.

(3 juin 2015)
Tabatière de Na Cham, Tonkin, fin XIXe. © JJMarimbert



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