De ma fenêtre

De ma fenêtre
Toulouse, 5 juillet 2014, 21h15

mardi 21 octobre 2014

La nuit 6


La nuit, portes et fenêtres claquent,
entre rêve et réalité,
entre ici et ailleurs, où le temps
flotte dans l'indétermination
des vents capricieux,
sous les coups de boutoir
d'une horde invisible
armée jusqu'aux chicots.
Souffle de l'arrogance,
brise ou tempête, alizé ou aquilon,
rafale, tornade ou cyclone,
l'hybris fait virevolter meubles et livres,
jusqu'aux draps et à mon corps
traversé d'éclairs noirs,
dans l'air confiné de la chambre
au parfum de rhum des pirates.
Happé par la porte tambour
de l'imagination incendiée,
j'entre dans un hôtel aux couloirs
interminables tapissés de toiles peintes,
scènes de bataille gigantesques,
marines exotiques, portraits, se succèdent.
Sous les regards sévères ou doux,
hautains ou aimants,
vides ou apeurés,
j'avance pas à pas, aussi démuni
qu'Er de Pamphylie,
d'une nudité d'écorché hésitant
à ramasser un sort jeté à terre.
Chaque porte cache une énigme,
aucune ne s'ouvre, pourtant
aucune n'est fermée.
J'entends des bruits ambigus,
râles d'extase ou de mort,
paroles étouffées ou chuchotées,
et l'éventail des cris, des rires,
rhapsodie houleuse qui toujours
annonce meurtre ou jouissance,
orgasme ou dernier souffle,
venin de vengeance ou secret d'amour.
Alors j'accroche une voile au soleil,
des yeux clairs, un sourire,
un paysage de montagnes bleues,
le reflet d'une île passée à la chaux,
et m'y réfugie pour enfin
glisser dans l'inconnu.

(21 octobre 2014)
Toulouse, 24 octobre 2009. ©JJMarimbert


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