De ma fenêtre

De ma fenêtre
Toulouse, 5 juillet 2014, 21h15

vendredi 17 octobre 2014

La nuit 5


La nuit, ne cherchant plus
de corps absent sous le drap,
et las de consulter un réveil
dont le temps n'est, à l'évidence,
pas le souci depuis des années,
je drague mollement les fonds bleutés
de ma chambre avec un filet de traîne.
Intrus des profondeurs, je frôle
d'une main des parois alvéolées
où algues, coraux et anémones
ondulent à mon passage,
dans l'affolement soudain
de créatures multicolores et souples,
aux formes complexes en lisière des abysses.
Je ne me suis jamais aventuré au-delà,
m'agrippant à la thermocline,
sachant qu'un jour
un infime dérèglement moléculaire
aura des conséquences catastrophiques,
me poussant à explorer le fin fond.
En attendant, ce que je ramène me suffit,
et m'étonne assez pour saper
tout désir de nuit complète.
Enchevêtrées dans des laminaires
arrachées au sable gris,
je trouve de pures merveilles,
ici une traversée d'Espagne
sur la route des vacances,
entre oliviers et villages brûlés,
là le parfum des orangers au petit matin,
dans la lumière de Nice,
et toujours, des rires et
des paroles murmurées,
des lèvres auréolées de joie,
et tes yeux,
tandis que les corps tutoient les planètes.
Le bric-à-brac tragi-comique de la vie,
mêlé aux débris de coquillages,
passe à travers les mailles,
enfin, pas toujours.
Quand je remonte, le souffle coupé,
sans me sécher je bondis
vers la fenêtre,
pour assister au lever du jour.

(17 octobre 2014)

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