De ma fenêtre

De ma fenêtre
Toulouse, 5 juillet 2014, 21h15

lundi 2 février 2015

La nuit 51


De la nuit, je n'ai pu sortir,
ou si peu, qu'en dire,
tendre l'oreille, écouter l'ailleurs,
ce lent défilé de routes bleues,
car dehors, cyprès, macadam,
tout est rythme, mur pâle,
un insecte luminescent tourne, clair,
de l'eau, goutte à peine,
je suis debout, si sombre alors,
j'aurais aimé sortir du halo, vain,
je m'y vautre, tais-toi me dis-je,
et n'entends rien, ni ne vois,
hors ce brouillon de vol,
autour du lampadaire glacé,
agacé, nerveux, têtu,
j'ouvre la fenêtre, l'ailleurs m'assaille,
si froid, lèvres gelées, visage tout petit,
mains collées à la barre du garde-corps,
je guette un oiseau, ne vois rien,
dans les cyprès se cache la nuit,
secrète obscurité des branches,
les yeux fermés, je voudrais dire
le plus secret, j'attends la neige,
sur ma peau, ses aiguilles,
sa douceur, sa timidité, dire
le plus enfoui, la brûlure
des chagrins, des grandes joies,
la sève a renoncé aux cimes,
épaisse, flapie, le plus secret
tient au creux des nids vides,
débris de coquilles éparpillés,
inutile duvet, dire, je veux bien,
mais à la fin, dents serrées,
tenir bon, ne pas gâcher le temps,
rire de tout, contenir la colère
de n'avoir pas su, ouvrir les bras,
faire le tour des arbres, accueillir
la fraîcheur des flocons, les yeux
ouverts aussi, en finir avec les regards
de travers, jetés aux miroirs tavelés,
dire le plus nu, ouvrir ta bouche.

(2 février 2015)
Route de Pau, 17 janvier 2015' 18h08. ©JJMarimbert


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