De ma fenêtre

De ma fenêtre
Toulouse, 5 juillet 2014, 21h15

mercredi 26 novembre 2014

La nuit 18


La nuit, il arrive que j'entende les trains,
dans un retournement dont l'autan a le secret,
au moment où les volets se taisent, collés
par une invisible main à la façade,
alors, le tam-tam des roues sur les rails
franchit la vitre, glisse doucement sur le lit,
j'aime ce rythme et me laisse embarquer,
plutôt je me retrouve au Buffet de ma gare,
assis à une table, où je retrouve qui je veux,
et qui je ne veux pas, hélas, qui m'a trompé,
m'a moqué, enfant, si le ballon m'échappait,
quand je ne riais pas aux blagues viriles,
ou naïvement répondais aux questions
les plus sottes, n'imaginant aucun piège,
quand, jouant sur l'estrade une étude de Sor,
certains se curant le nez sans vergogne,
on me grondait d'avoir rater telle note, 
je revois ces scènes, aussi fraîches qu'alors,
ou plus tard, lorsqu'un sentiment trop fort
m'étreignait au point de défaillir, cœur tapant,
à la même cadence que les trains du vent,
juste avant le premier baiser, que d'autres
semaient sans se soucier de rien, ni de l'autre,
dans un jeu sordide que tout en moi rejetait,
moi qui n'espérais que vertige et saut
vers l'inconnue, les yeux ouverts, son corps,
et qui pour cela bien souvent renonçais.
Mais je croise aussi qui je veux, et là,
je prendrais bien un train pour n'importe où,
avec un ami, à parler de la vie, de la beauté,
avec elle, ou elle, dont la main m'effleure,
mais il n'y a pas de train, il n'y en a que le jour,
j'aime les gares, c'est banal, je partirai,
je sais courir, rêver, faire rire un visage,
et j'attends, pour me lever, le soleil,
et que la salle des pas perdus se vide.

(26 novembre 2014)

Aucun commentaire:

Publier un commentaire