De ma fenêtre

De ma fenêtre
Toulouse, 5 juillet 2014, 21h15

lundi 24 novembre 2014

La nuit 16


Cette nuit, réveillé par le gargouillis
des canalisations du chauffage,
j'imaginais les bulles se cognant
aux parois des tuyaux, butant, s'amassant,
se gonflant au niveau des coudes,
pour soudain, poussées par le flux brûlant,
exploser, se disperser, tentant désespérément
de monter, dans le noir absolu de l'eau,
cherchant le moindre interstice, toujours monter,
jusqu'au dernier étage, passer enfin
par la soupape sifflant d'exaspération,
rejoindre l'air ambiant débarrassées
in extremis de la vapeur aux volutes fades,
et, de là, filer vers les Pyrénées
où vaches, chevaux et brebis,
et tous les animaux des hauteurs,
ressentaient les premiers effets du froid.
J'ai alors repris ce petit chemin
emprunté à une époque où je rêvais
de ne jamais redescendre,
une fois atteint le point où, basculant
de l'autre côté de la montagne,
il se perd en terre inconnue,
filant entre éboulis de rocaille
et forêts tragiques, sur des pentes
plus sèches et jaunes, dilué au soleil
dans les plaines d'Aragon et de Castille.
La faiblesse seule me faisait renoncer,
accrochant mon vain projet aux pierres pointues,
comme ces touffes de poils prises dans les ronces,
que les bêtes, pour atteindre baies et mûres,
abandonnent au vent. Finalement,
dissout dans le halo bleuté de la fenêtre,
j'ai rejoint je ne sais quel labrit égaré qui,
plus sûrement que moi, saurait retrouver
la douce chaleur d'un autre corps.

(24 novembre 2014)

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