De ma fenêtre

De ma fenêtre
Toulouse, 5 juillet 2014, 21h15

jeudi 25 septembre 2014

La Robe d'été (extrait)


Louise se lève, ôte son chemisier, fait glisser sa jupe.
Elle ouvre la fenêtre. Dans la vitre, elle est prise par
le regard de l’absente. Elle rassemble ses cheveux,
les entortille en un chignon à l’ancienne et demeure ainsi,
la tête légèrement penchée sur le côté, comme sur l’affiche
de Matisse. Son corps lui plaît. Elle aimerait que Sylvain
la voie ainsi, comme elle se voit, comme elle est vue, à cet
instant précis, par son reflet. Elle aimerait qu’il caresse ses
seins, son ventre. L’air est soudain plus doux. Elle lâche
ses cheveux, ils retombent en cascade sur ses épaules.
Tout cela n’est qu’un jeu. Le jeu du corps. Mais le visage
qu’elle aperçoit sur la vitre la contemple depuis un lieu qui
n’existe pas. Sa mère, envolée, qui chaque jour meurt et
revit en elle, qui toujours s’est dérobée à ses appels.
Sa mère, découverte un matin, en sang. Elle a quatre ans,
immobile sur le seuil, elle fixe le corps allongé, elle
appelle, elle est soulevée de terre, une main lui couvre les
yeux, il y a des cris, son père, elle n'entend plus rien, se
retrouve dans la cuisine où l'horloge brille, dans la
cheminée crépite déjà le premier feu du jour.

"La Robe d'été", extrait (nouvelle)
L'Autan des nouvellistes, coll., Éd. de l'Atelier du gué, 2013
Toulouse, Garonne, 21 avril 2014, 16h54. ©JJMarimbert



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