De ma fenêtre

De ma fenêtre
Toulouse, 5 juillet 2014, 21h15

mardi 18 août 2015

Un banian plonge ses racines


Un banian plonge ses racines tentaculaires
jusqu'au tréfonds de la nuit,
ses lianes servent de balançoires aux rêves,
le vent donne aux pins la chevelure des fous,
au large, le mer lutte contre un ciel d'éclairs,
une lueur fade esquisse des toits, des façades
de papier de riz où ruisselle la pluie,
le silence est total, ni tonnerre, ni craquement
de branches malmenées par la bourrasque,
il ne pleut plus, je marche sur la route côtière,
rejoins la ville semée de lampadaires falots,
les palmiers résistent, refusent de tomber, 
le château dresse ses remparts contre le vide,
ses flancs sont battus par des vagues aveugles,
ni choc de bateaux au mouillage dans le port,
ni cliquetis de cordages, de poulies sur les mâts,
je me tiens à nouveau sur la terrasse,
mon esprit vole à l'autre bout de la forêt,
guette le moindre signe d'apaisement,
l'énorme nuage traversé de lumière antique
s'éloigne, laissant une plage catatonique,
l'eau touche à peine les rochers,
l'aube force l'horizon à tendre un fil ténu
auquel mes yeux s'accrochent,
qu'y a-t-il de si important à vivre,
que l'horizon seul puisse servir de rail
au néant ainsi réduit à rien,
les grands pins lancent quelques oiseaux,
merles et moineaux s'ébrouent dans un air
saturé d'électricité tragique,
la terre noircie par l'averse nourrit les agaves,
pourtant, ce magnifique banian, je l'ai vu,
je m'y agrippais pour percer l'obscurité,
grande hune de ma profondeur,
dans mes rêves, la douceur suivait
le balancement des lianes,
contredisant le chaos dont j'étais le théâtre,
était-ce mon corps, était-ce moi,
un séisme a fait trembler la mer,
mais la douceur jamais ne vacille.

(18 août 2015)
Peñíscola, Orage, 17 août 2015, 6h07. ©JJMarimbert

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