De ma fenêtre

De ma fenêtre
Toulouse, 5 juillet 2014, 21h15

samedi 7 mars 2015

La nuit 66


Il en est de certaines nuits, d'un bleu profond,
comme de ces coffres, appelés par l'apnée,
eau tumultueuse traversée de courants
imprévisibles, docile mon corps l'épouse,
j'aperçois au loin, sur fond de sable ondulé,
parmi les algues auréolées de vert tendre,
des alevins par grappes nerveuses tétant
çà et là des restes de banquets obscurs,
mes yeux piquent mais vivre, résister,
vois un point, m'approche au gré de l'entropie,
là gît, bouche fermée un cri, une serrure,
un refuge, une histoire, un étonnant projet,
de roches déchirées jaillissent les anémones,
je tends la main, jamais ne l'atteints, éreinté
mais intact, venu de je ne sais, où, quand,
d'avant, d'après, dans l'attente d'un remous
plus fort que les autres, un de ces coffres
longtemps roulés, malmenés, soulevés par
une tempête de haute mer, navires broyés,
les marins guettent les murs d'eau, l'orage,
les rêves tournoient, soleil perdu à l'horizon,
les coques luttent, se vrillent, puis cassent,
alors ces coffres, lumière cachée, rejoignent
le cœur du monde, par amour des fonds,
et peu à peu passant les failles, déposés
sur le sable par une vague majestueuse,
si tu voyais, douce et implacable vague,
me laisse porter, les rejoins, j'aime nager,
ils ont tant à dire, saurai-je entendre ce qu'ils,
de nuit en nuit, offerts coiffés de laminaires,
piquetés de chapeaux chinois, ils renferment
les regards, visages, mondes épargnés par
les naufrages, sans lesquels plage n'existerait.

(7 mars 2015)

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