De ma fenêtre

De ma fenêtre
Toulouse, 5 juillet 2014, 21h15

samedi 2 août 2014

Zakynthos


Oliviers de Zakynthos
coquillage sur l'eau
dans le soleil de midi
vous m'avez offert l'ombre
de vos branches torturées
habitées de cigales
de vos feuilles ambigües

la patience des temples
bordés de troncs à l'infini
chèvres et cailloux gris
sur le chemin du sud
coupé net par le vent
falaises blanches et
mer et ciel confondus

silence assourdissant
des élytres triturés
déchiré par une antique
vespa tirant bourrée de
foin une carriole bleue

jambes ballantes
une femme agite
ses mains en riant
soudain disparaît.

(2 août 2014)

Le port


Couronne de sable fin
accrochée à la ville
façades fourbues de lumière
tuiles craquelées de sel
ruelles animées de parfums
sonnettes bleues des vélos
éclats de voix épars frôlent
jupes légères vareuses marines
promesses des corps
voile d'un soleil de juin.

Port hirsute au matin
mâts en tout sens
cliquetis de gréements
flammes blanches
d'une citadelle en ruines
chahutées par la brise
mouettes au large
posées sur l'eau
guettent les pêcheurs.

Il longe les grands filets
verts rapiécés d'orange
étalés sur le quai
coquilles petits poissons
séchés dans les mailles
débris de laminaires
arrivé près du phare
il jette au loin ses nuits
blêmes et ses silences
tous ses noirs combats.

(2 août 2014)

Coquille d'or


Lumières de Nauplie
depuis Mili la plage
sous le charbon du ciel
auréolé d'escarbilles
paillettes d'eau clapotis
une armée de fourmis
dessinées à la hâte sur
le papier du sandwich
acheté à Argos vin résiné
miettes éparpillées
d'un revers de la main
l'autre tremble à l'horizon
Nauplie brille sur l'eau
telle une coquille d'or
écrire remparts et forteresse
la jetée les cafés la musique
un bateau à moteur
c'est trop tard sable froid
il jette la feuille grasse
dans le feu de bois gris
elle crépite se consume
il piétine braises et cendres
des lumières et du ciel
il ne reste plus rien
il n'y a jamais rien eu rien.

(2 août 2014)

vendredi 1 août 2014

Manger le monde


Ce matin la fenêtre a bougé
pas le tapis les meubles dormaient
bibelots canapé lampe fauteuils
enfin l'un des deux était
n'était plus à la même place
non pas une question de lieu
il reste figé sur le seuil
des traces de rêve au fond
des yeux toujours le même
la fenêtre a bougé a reculé
il avance traverse la pièce
enfant sur un vélo dévalant
une pente et tout en bas
n'atteint pas la fenêtre
une robe noire et des arbres
pâleur d'un visage souriant
il tend les bras soudain
le tableau de Goya
trois mai mille huit cent huit
nuit noire un mur des morts
soldats fusils braqués vers une
silhouette blanche face aux balles
il avance tient la fenêtre se crispe
à quoi pensait-il cet homme
au moment précis où le monde allait
pénétrer au profond de son corps
basculer se fondre en lui et
lui être retiré englouti comme lui
le vélo s'emballe l'enfant rit
ce n'est plus un enfant
c'est lui à la fenêtre
les cyprès se détournent
aux murs les tableaux se creusent
les arbres peints flottent dans l'air
happés par la fenêtre
elle a bougé il comprend alors
que le monde a basculé
au fond de son ventre
ce matin il a mangé le monde
seul son rêve persiste
la robe s'envole vers les cyprès
alors la fenêtre bouge
il ouvre grand la bouche et parle
les mots s'écrasent sur les murs au sol
dans un bruit de vaisselle cassée.

(2 août 2014)
Toulouse, 31 octobre 2013, 7h09. ©JJMarimbert


La pluie


Soudain la chape du silence
rouillé s'abat sur la langue
envahit bouche et poumons
les rues bondées se teintent
de mille absences croisées
regards au sol ou droit devant
loin collés aux porches vitrines
habits chaussures lampes
lunettes vaisselle de luxe.

Dans le brouhaha se glisse
le silence de fer la salive
n'humecte plus rien il n'y a
plus rien ou des images
des voix des musiques
ce mélange creuse en lui
une obscure galerie mais
pas noire au contraire.

Une fine pluie tombe
depuis le matin la joie
se désaltère inépuisable
ciel il dresse son visage
les gouttes sur sa peau et
en lui mais un bus manque
le happer le klaxon pousse
un cri telle une bête sortie
du temps qui fonce vers
sa tanière ventre plein.

De ce magma pâteux
se détache une silhouette
une forme danse devant lui
il avance ne dit mot
elle n'est l'ombre de rien
elle ondule et l'invite
à jaillir hors de tout
à partir en courant vers
un ailleurs qu'il lui reste
à créer source de l'ombre
ou déjà là dans cette rue
que la vie lui offre
et lui retire à la fois.

(30 07 14)

La mouche


Telle une mouche pensée sur la vitre
une mouche tapant de l'être la pensée
telle une petite mouche sur le carreau
mille fois visage sur le carreau revenant
à l'assaut la pensée de l'être butant sur
une mouche faisait les gros yeux à
la vitre telle une pensée de l'autre
se cognant à une mouche aux yeux
exorbités tournant aveugle tel l'être
n'attendant que la traversée de quoi
transparence de l'oubli leurre de la
transparence mouche qui soudain
fenêtre ouverte sonnée par tant
d'espace offert inutile vaine ivresse
pensée de toi ivresse de l'être rêve
ne sait plus où aller telle une mouche
la pensée de l'être visage voix rire
mouche se cogne au monde ne sachant
pas comment y entrer ou bien en sortir
pensée hantée pensée colorée douce
pensée pensée de l'être mais lequel
alors derrière la vitre retrouver l'autre
s'enfuir non non s'engouffrer dans
le monde là-bas s'y perdre telle petite
mouche disparaissant où est-elle
telle est la pensée de l'être de toi.

(1er août 2014)
Toulouse, 5 juin 2014, 11h11. ©JJMarimbert



La Guerre


Kiosque à musique
place des marronniers
mirage de Lectoure
sa musique vieillotte
volette valse et fox-trot
mêlés noce tremblée
longue table blanche
les verres tintent les voix
roulent dans les rires
elle se souvient de tout
sa voix chevrote à peine
elle entend la fanfare
sa main vole elle fredonne
mignonne quand le soir
descendra sur la terre
cordes parcimonieuses
cuivres feutrés d'oubli
et que le rossignol viendra
les moustaches du chef
pointent les fausses notes
chanter encore quand
le vent soufflera sur la
verte bruyère nous irons
le tilleul bourdonne se
moque des bruits sourds
de la guerre et le sang
dans ses yeux en allés
ruisselle et les morts
dit-elle s'encanaillent
les charognes pullulent
écouter la chanson des blés
d'or d'un geste de la main
elle désigne le ciel et
tous ces morts là-haut
si jeunes et si joyeux
il ne voit rien d'autre
que ses doigts ses yeux.

Kiosque à musique
(1er août 2014)
Paris, Cimetière du Père-Lachaise, 11 juin 2014, 13h53. ©JJMarimbert