De ma fenêtre

De ma fenêtre
Toulouse, 5 juillet 2014, 21h15

samedi 23 août 2014

Jour (extrait)


Au pied du mur d’enceinte
tourné vers les pierres
il a jeté son corps.
Une tache de lumière glisse sur
ses épaules.
Il dort par à-coups au hasard des apnées,
boulet dans un sommeil gluant.
La mer souffle et murmure. 
Soudain mû par une lame,
hirsute il resurgit
happant l’air
à grands traits, la gorge
lacérée par le feu
des étoiles.

Je le vois.
Il lance des regards comme aux chiens
des cailloux.

Jour, incipit, Éditions des Carnets du Dessert de Lune, 2013.




Destin d'un ange (extrait)

Félicien enterré il n’y a pas
trois ans noueux agrippé à
la barrière les yeux vers la
forêt les pâturages les pics.
À son enterrement je revoyais
tout jamais plus tu ne pourras
lui dire jamais plus te laver je
regardais le trou les pelletées
tombaient bruit sourd sur le
cercueil la croix de cuivre
écorchait mes yeux rage
venue vent de mars j’ai
dû partir m’enfermer
Papa Georges a gueulé ça
ne se fait pas les gens se
regardaient les gens les
gens moi la nuit je rêvais
qu’il était enterré avec
paille et merdes de brebis
il se levait ils riaient Papa
Georges et lui je me jetais
dans le cercueil. Ce rêve et
des pareils combien de fois
je me réveillais cherchant
l’air drap mouillé je me
faisais dessus passée dans
une lessiveuse le matin
tristesse mal partout
trente ans après.

Destin d'un ange (extrait)
Destin d'un ange, suivi de La Fourche, Éditions du Cygne, 2012.





Sauvage ontologie 9


Au bord des chemins
des falaises
dans le silence des rivières
des terrasses
au bout des jetées
devant une porte
entrouverte
la patience de l'être
est infinie
se demandait-il
s'il trouverait
les mots
pour apaiser
ses nuits
ses jours
son corps à l'affût.

•

Ni le vent des gouffres
ni l'innocence des fontaines
ni la palpitation des arbres
ni les visages perdus
ni la fuite des proies
affolées
à l'ombre des grands pins
l'être seul s'éreinte
en son inepte vanité
marchait-il le long
du fleuve aux remous
de satin moiré.

(23 août 2014)

vendredi 22 août 2014

Scarabées

Cœur de l'écho bleui
parsemé de nuages
cloches de troupeaux
invisibles au-delà
des arbres sombres
le vent chancèle
glisse chantant sur
les pentes rases.

Tapis de myrtilles
de chardons violets
pavés de roches
noires grises tachés
lichen tenace aux
tons pastels vert pâle
orange moisie çà et là
des galettes croûteuses
cachent le monde
secret des bousiers
à l'abri de la mort.

Cette herbe même
qu'il foule avec délice
n'a fait que quelques
mètres pour passer
de vie à trépas ruminée
malaxée au plus profond
des vaches extatiques.

Cette herbe qu'il caresse
dos rond de la montagne
offrande ultime où
se vautrent ironie
des étoiles les beaux
scarabées aux élytres
de cuivre droit sortis
des forges de Vulcain.

Bijoux des Nymphes
vengeance de l'enfant
difforme jeté à l'océan
ou au ciel qui sait
mère et père ligués
perles aux pattes torses
rappellent aux Mortels
la boiterie de leur maître
et filent dans une galerie
indigeste où leurs œufs
puisent l'origine du temps.

(13 août 2014)

jeudi 21 août 2014

Les hyènes

Sous le soleil
des fourmis en
théories armées
traversent l'horizon
boules de
branches mortes
hautes herbes
à l'ombre d'un acacia
carcasse déchiquetée
des oiseaux se délectent

ailes empoussiérées
les becs claquent
taillent dans les restes
d'un kob de Buffon
narines noires de
mouches ensuquées
derrière lui un
frôlement puis
le ciel déchiré
comme si le vent
rouge avait couché
les grands arbres
à perte de vue

le rire des hyènes
fait s'éloigner les
charognards
le village frémit
sous le manguier
le silence interroge
le temps un
petit cochon noir
trottine entre
les cases.

(13 août 2014)

Sauvage ontologie 8


Il arrive
qu'en deux
trois secondes
écho de joie
en l'être ébréchée
fasse trembler
les subtiles feuilles
des peupliers
s'étonnait-il
d'un bruit
étrange dans
le lave-linge
un cri d'oiseau
des îles
à l'essorage.

•

En un sourire
au vent fort
balayant la
Castille
l'être atteint
l'absence
non désirée
le cauchemar
des moulins
pensait-il
si peu
qu'il mangeait
une tomate
en se croyant
demain.

•

Surgit enfin de
derrière le rideau
ballet d'innocents
leurres
carnaval de
grimaces en
papier ruminé
dont l'être
fait ripaille
la nuit peut
commencer
buvait-il
un verre d'eau
de montagne
rêvant de
passer un col
plein ciel.

•

Douceur des nuages
au vent tourbillonnant
dans les tilleuls
en fleurs parfum
l'être enivré
attend la
caresse de
la nuit à venir
écoutait-il
dans la casserole
les œufs surpris
de tant d'ébullition
coquilles fêlées.

•

Dans l'ombre
d'une vacance
soudaine
en un saut
l'être touche
du vide le cœur
palpitant
se rappelait-il
avoir enfant
pour l'embellir
découpé son
pyjama neuf.

•

Je de miroir
sans tain
ni reflet
seul un halo
de présence
bouche offerte
en ce jeu sans
trompe-l'œil des
fresques ensoleillées
doux visages de combat
l'être résiste à l'air
chargé de senteurs
exotiques
comprit-il enfin
l'essentiel du
chant des merles
dans le figuier
par le vent tourmenté.

(21 août 2014)

lundi 18 août 2014

Sauvage ontologie 7


Au large des côtes 
voix anciennes
et à venir
se moquent
de la houle
tissu bariolé dont
l'être s'enveloppe
pour affronter
l'abîme
observait-il
dans le bus
une petite dame
en chapeau et
son chien petit
noir et blanc
très inquiet
haletant
langue tombée.

•

Quelque chose
image ou force
douceur de la vie
branche pâle
d'un arbre en fleurs
dans la tempête
des mots
s'est cassé net
qui vient de
si loin et
de si près
ainsi désemparé
l'être s'éloigne
en silence
respirait-il
mal devant
le figuier
foudroyé.

•

Vent fort
sur les dunes
îles envolées
ou noyées
l'être s'agrippe
au sable
et rejoint
les hauts-fonds
merveilleuses
histoires de
son enfance
mâchée
accueillait-il
l'air frais
d'une nuit
orientale.

•

Nuit d'enfantine
colère
le sel coule
visage enfoui
regard tourné
vers l'innommable
piège de l'être
bouteille cul percé
poisson affolé
butte s'entête
mirage de
tendresse blessée
dégustait-il
le citron confit
d'un tajine
au parfum
d'oasis.

•

Mêlées au sable
des paupières
les heures du vent
remous du solstice d'été
les planètes
en un ballet silencieux
fleurs de jasmin
dans le courant glacé
font pencher le ciel
du côté de l'être
à jamais sous le charme
des tourmentes vitales
fermait-il les yeux
sous l'effet du ressac
sur la côte déchiquetée.

•

Parfum de résine
tapis d'aiguilles
à l'ombre des canisses
ivre de sel
se tient l'être
jour finissant
soleil de cuivre
au bord des lèvres
entrouvertes
se retourna-t-il
pour admirer
les pics enneigés
de l'Atlas.

(18 août 2014)