De ma fenêtre

De ma fenêtre
Toulouse, 5 juillet 2014, 21h15

dimanche 20 juillet 2014

Parfum


Dans un tiroir sous le lit
je ne sais plus où
j'ai dû laisser tomber
quelque chose j'ai bien entendu
rouler non griffer l'air
un petit cri de rien
ou derrière la commode
rideau tiré mais la fenêtre bat
le garde-corps rouillé
depuis le temps
j'ai dû tomber mais c'était
hier soir voilà j'ai ouvert
main déployée l'air caressait
les doigts le sol brillait de pluie
lumières plantées ciel noir
j'ai vu au coin de la rue
un rire des lèvres autour
ce doux visage mais
je ne sais pas où chercher
je ne connais pas d'ailleurs
autre qu'ici
les voitures les flaques
et ce matin plus rien
où ai-je bien pu perdre ce
je ne sais quoi ce parfum
cette présence évaporée
le jour naissait une fleur
un brin d'herbe sur l'œil
m'empêche de voir le bleu
alors il faut bien que je
cherche encore je saurai
quoi chercher à force
je n'ai pas tout sorti du tiroir
il est tellement plein
tout jeter non j'y verrai
plus clair j'irai dans les rues
les belles rues si je savais
au moins ce que c'était
j'ai bien entendu rouler
un petit cri de rien
sous le lit derrière la porte
ou griffer l'air.

(21 juillet 2014)

samedi 19 juillet 2014

Clapotis


Terrasse de café près du port
tables rondes halos marbrés
coude appuyé il rêve
de soleil point s'est-il absenté
ses yeux posés au bord
d'un nuage irisé
oui là soudain ce rire
depuis ne cesse de ricocher
cercles chromés entre lesquels
flottent des vies à jamais secrètes
les mots se mêlent en quête de rien
jaillissent des corps
attente d'un souffle
de nuit désirée
la rue scintille du frais
souvenir de la pluie
il se lève rejoint la jetée
marche lentement
dans la lumière d'orage sec
sur la place d'autres terrasses
le rire sur les pavés si joyeux
un éclat la nuit
peut tout recouvrir
il ferme les yeux les rouvre
est-ce lui est-ce sa bouche
est-ce du fond de sa gorge
de ses poumons
de son ventre
il écoute
sur le quai bateaux voiles abattues
le rire s'éloigne tel un appel
enfoui celui d'un enfant
d'une femme il écoute
le chenal s'est tu
seul persiste un murmure
les bâtisses brillent
le ciel tremble
assis sur un cordage roulé
il reste ainsi figé
corps dilué dans le clapotis
d'une brise de mer
sur les coques pâles
et irréelles.

(20 juillet 2014)
Île d'Oléron, 4 août 2010, 15h42. ©JJMarimbert


vendredi 18 juillet 2014

Le croque-mitaine


À la fin du Quichotte
fort vent tourbillonnant
la page soudain frémit
volets fenêtres battent
il pleut sur le tapis le fauteuil
il se lève d'un bond
là se fige
que sait-on de la mort
rien ce n'est rien
le temps presse Alonso
Quixano le Bon Je fus fou
Ô sagesse du fou
les rideaux arrachés
saignent sur les carreaux
fermer tous les volets
sinon sinon quoi rien
et là-bas le vieillard qui
les yeux grand ouverts
dicte son testament
dehors furie colère
arbres ciel océan
sens dessus dessous
il doit tout claquemurer
sacrements du dernier jour
errant ici et là
surface déchiquetée
failles bleues noires
une montagne de ciel
esprit de la forêt
Ci-gît le robuste hidalgo
rendit l'âme à qui
le toit craque s'envole
ni porte ni fenêtres
laisser entrer l'eau
toute l'eau
et la terre
lit des fleuves
et le ciel profond
enfourcher Rossinante et sur
la berge infinie planter
droit l'épouvantail
à la gloire du monde
superbe croque-mitaine
mais personne n'a peur
il n'y a plus personne
les pages se diluent
le visage de Sancho
sculpté dans les nuages
s'étonne de la colère du vent
mon bon maître
les mots roulent happés
enfin s'ouvre le vide
que sait-on de la mort
que sait-on de la vie.

(19 juillet 2014)
Carpendtras, 16 juillet 2013, 18h56. ©JJMarimbert


jeudi 17 juillet 2014

Le pigeon


Sur un banc regard
flou il attend la
guerre ou la nuit
à quoi se résume
sa vie et la rue se
trémousse au son
d'un accordéon
édenté que les
passants ignorent
quand sous une
roue d'auto gicle
le sang d'un pigeon
estropié patte truffée
de parasites racornie
crispée qui à l'instant
avait la démarche
de Long John Silver
arpentant le pont
du Walrus scrutant
l'horizon perdu depuis
des lunes mais l'île
est une tache grise
sur l'asphalte luisant
les pavés de marbre
auréolée de plumes
qu'il ramasse une à une
pour les offrir au vent.

(29 avril 2013)
Toulouse, Ma rue, 5 novembre 2013, 18h47. ©JJMarimbert


mercredi 16 juillet 2014

Orage au loin


Orage au loin les feuilles
s'offusquent du bruit de l'eau
dans le ravin brillant fougères
couchées sous le poids
des gouttes relèvent leurs
frondes dans la fraîcheur
du sous-bois seuls ici là
de timides cris d'oiseaux
cachés dans les fourrés
ou à la cime des sapins
signalent la fin de la colère
du ciel il reprend le chemin
bâton planté dans la boue
de caillou en caillou s'extrait
de l'enchevêtrement des ronces
des fougères aux crosses
noueuses des racines dénudées
par l'écoulement continu dont
un torrent argenté se gorge
en contre-bas mains striées
d'éraflures brûlantes il rejoint
trempé jusqu'aux os enfin
la piste terreuse défoncée
abandonnée aux éboulis
la forêt exhale un parfum
de bois mouillé bois pourri
mousse saturée d'humus
moisissures et fleurs aussi
petites que des coccinelles
bleues ou jaunes violettes
rouges alors une percée
des nuages lui fait entrevoir
la montagne faite de roches
inaccessibles il ne pourra
plus jamais redescendre
il s'assoit sur un tronc abattu
et soudain pense qu'il n'a
pas assez aimé c'est cela
au moment où passe pressé
par l'urgence de vivre un
troupeau de brebis vers
une faille ouverte sur
les pâturages il se lève
suit les bêtes cœur battant.

(1er juillet 2014)
Lac d'Estaing, Val d'Azun, 28 août 2013, 18h05. ©JJMarimbert

La vitre


Feuille de frêne prenant
appui sur l'air s'étonne
sous le ciel noir hésite
un souffle d'aile
la fait trembler
l'emporte la voici
libre de tomber
un visage au carreau
écrasé regard absent
suit l'ascension niée
pourquoi suis-je là
je n'attends plus
et toi si frêle
une vitre à casser
je te prends dans
ma main et tout
prend vie nous
volons par le monde
les orages n'y peuvent
rien nous filons
au-dessus des champs
des maisons creuses
nous faisons rire
les oiseaux
le visage blêmit
les yeux fixent au loin
la feuille en allée
sur un toit tout là-bas
mais une pluie
d'aiguilles glacées
feuille transpercée
glisse se tord et crie
vacarme des gouttières
sur les dalles nues
visage perdu bouche
immense cherche l'air
la vitre liquéfiée coule
au fond de sa gorge
le vent tourbillonnant
chasse de sa mémoire
les oiseaux la forêt
le fleuve et les nuages.

(16 juillet 2014)

mardi 15 juillet 2014

Chevaux


Ruelles et façades
ne sont plus qu'ombres
tachées de sang
pas égarés creusent
une terre poussiéreuse
deux trois chiens flairent
çà et là des lambeaux
de présences effacées
il marche
en un ciel de fumées
que le vent mêle
aux fins nuages de glace
il marche
les lumières du soir
dessinent au sol des flaques
de clarté froissée ridée
reflets de fenêtres
il avance franchit
des seuils inconnus
pénètre dans des cours
aux pavés luisants ressort
descend vers le fleuve
les chemins se perdent
l'eau calme et lourde charrie
les troncs morts les pensées
jette à la mer les vies obscures
toutes ces vies croisées frôlées
sur les boulevards
sur le chemin de halage
il sent le souffle puissant
des chevaux de jadis
dans ses épaules la brûlure
des sangles de cuir
il entend gémir
le bois des péniches
il suit la berge
quitte la ville et
rejoint les chevaux
dans la nuit
des prairies oubliées.

(21 janvier 2014)