De ma fenêtre

De ma fenêtre
Toulouse, 5 juillet 2014, 21h15

samedi 6 septembre 2014

Goélands

Des goélands fixent
l'horizon face au vent
il marche regard au loin
petits crabes translucides
paillettes de gélatine
fuient à ses pieds
sable durci par l'eau
ses empreintes
brillent gommées
frange d'écume sale

ses orteils s'effritent
peu à peu chevilles et
jambes de sable rongées
par la fine lame d'eau
il ne bouge plus et voit
ses cuisses son sexe
son ventre disparaître
dans l'eau trouble
il agite les bras
voudrait crier
son torse de sable gris

petites falaises battues par
une houle enfantine
jusqu'à n'être qu'un bloc
informe que l'eau suce
sa tête se perd dans le sable
ses yeux s'enfoncent 
grains opaques et nacrés
coquillages écrasés par
le temps soulevés par la mer

il épouse le courant
vague parmi les vagues
son corps liquide ondule
et s'étire les goélands
s'envolent en ricanant
il roule vers la plage
explose sur la grève

se reconstitue aspiré
par la profondeur des rêves
qui le propulse plein ciel
il voit un homme
marcher sur le bord
son visage dilaté
il le tire par les pieds
et rejoint les hauts-fonds.

(13 août 2014)
Handaye, 15 août 2014, 16h04. ©JJMarimbert


vendredi 5 septembre 2014

Sauvage ontologie 15


La nuit toujours la nuit
se lever tout éteint sortir
à tâtons chambre moite
la lumière blesse le corps
impatient faire voler le drap
la couverture à terre en boule
un petit livre rectangle pâle
boire un verre d'eau fraîche
la cuisine s'ébroue table carafe
étagères laquées boîtes de thé
plafonnier planche à pain
rien ne bouge pourtant si
les feuilles ficus misère
tournées vers l'être au centre
de la pièce pieds nus visage
écrasé dans l'évier vaisselle
sale ranger demain là non
le verre est bu d'un trait
sortir détaler que faire
partir mais où très loin
ne jamais revenir ou alors
la nuit à nouveau la nuit
lit défait draps humides la nuit
le froid d'un coup sur les murs
porte-fenêtre halo du lampadaire
de la rue ouvrir la nuit partout
le froid entre oui avoir froid
l'être butine les fleurs de peau
frotter la peau lumière jaune
souvenir de caresses enfuies
de lèvres de murmures étouffés
soudain se dessine la crête pâle
des cyprès bleus des maisons
la nuit meurt les paupières brûlent
se recoucher mais la nuit est là
sur l'oreiller l'attend toujours
dans la bouche dans le ventre
les mains cherchent le jour
ne trouvent que le hasard
des rêves en morceaux
éparpillés sur le plancher
finissait-il de ranger
le linge repassé de frais
table et fer dans le dressing.

•

Humeur chagrine
ici là sauterelles bleues
et petits papillons fuient
devant les sandales défaites
une buse plane dans la brume
cloches d'un lointain troupeau
cailloux jetés aux arbres
doigts mouillés langue salée
boutons d'or au fond des yeux
et la pluie dedans dehors
fine sur le visage perdu
collé au ciel et à la terre
secousses des larmes passées
corps mémoire des jouets cassés
le hoquet serre le ventre
au rythme des coulées de lave
lèvres et narines tremblent
tristesse du monde inconnu
de la tendresse évaporée
chagrin des torrents cachés
au cœur des failles rocheuses
sous les fougères et les orties
chagrin refuge aussi chaud
que duvet d'oie sauvage
pour l'être enfant projeté
dans le vide et la solitude
admirait-il la nuit clouée
à sa fenêtre en sifflotant
pour éloigner le froid.

•

Forte houle monstre des mers
se fracasse sur les rochers
sculpte les falaises hautes
piquetées de nids grouillants
criards fous de Bassan blancs
poignards maquillés de soleil
explose nuage d'écume en pluie
retombe sur la dentelle des algues
les hérissons de mer brillent
dans le vacarme du ressac
griffent l'eau fragiles piquants
tandis que bigorneaux praires
et patelles collent à la pierre noire
l'océan bat la terre hurle gronde
chahuté par les caprices du vent
inlassable et profond mystère
où la vie grouille invisible
se nourrit de combats silencieux
ténacité de l'être alevin ou baleine
tire sa force des courants contraires
plongea-t-il sa cuillère dans
le miel de citronnier d'Espagne.

(5 septembre 2014)

mercredi 3 septembre 2014

Sauvage ontologie 14


Le vent glacé de
la médisance siffle
sous les portes
couche les arbres
fait fuir les oiseaux
se tordre les feuilles
des jeunes pousses
battre les fenêtres
l'air est nauséabond
mensonges masqués
maquillés d'innocence
illusion du paraître
pare-être à la mode
source des guerres
des injustices des larmes
violence faite à l'être
mais l'être résiste et
quitte l'ambiance délétère
de la petitesse du mal
plutôt que de subir
ce qui assombrit et
risque de détruire
la beauté des regards
qui seuls comptent
pour l'harmonie céleste
étalait-il de la confiture
de myrtilles sauvages
sur ses tartines grillées.

•

Ah rire de tout de soi
des oripeaux des leurres
des grimages des peurs
du corps et des pensées
mais pas des fous
mais pas des ruisseaux
bordés de mousse fraîche
qu'un pied maladroit
détache d'une roche noire
et brillante palpitant de
joie dans les éclats de l'eau
courant impétueuse et libre
vers les lacs l'océan les nuages
rire de tout sauf du mépris
si facile devant la faiblesse
rire de sa propre faiblesse
sauf du combat de l'être
dans l'ombre du sous-bois
ni sérieux ni orgueil ni envie
mais dressé contre le vent
putride dont même l'humus
au délicat parfum ne veut
humus où se cache la girole
non pourriture puante qui
se délecte de couardise
écoutait-il un lied de Mahler
pensant à la belle journée
qui venait de s'offrir à lui
en un lointain regard furtif.

•

Ne plus rien voir plus rien
marcher sans fin
seulement des traces
ici là une ampoule
devant un seuil de roseaux peints
surmonté de grappes rouges
traces de pas
une vieille femme tient serré
son châle de nuit
assise sur un fauteuil en bois
ne plus rien voir
marcher
il pleuvine la peau revit
le vent des montagnes
fait frémir l'acacia du jardin
les petites feuilles pointues
tombent sur la margelle du puits
où un garçon joue à jeter
des cailloux en criant
c'est la guerre c'est la guerre
un cheval hennit dans son enclos
se remet à brouter l'herbe rare
sous un ciel hérissé de maïs
la vieille femme raconte
entre deux dents c'était il y a
non ne rien savoir
oublier le chemin
le ciel est sale où aller
où poser le corps
l'être est fourbu mais heureux
la vieille femme rit
la vallée s'illumine de joie
l'enfant part en courant
vers la rivière où se cache l'ennemi
regardait-il à sa fenêtre
les toits en feu dans le soleil.

(1er septembre 2014)
Chemin Henri IV, près de Pau. 28 juillet 2013, 17h32. ©JJMarimbert


mardi 2 septembre 2014

Sauvage ontologie 13


Deux corneilles se battent
dans un frêne isolé
une rose blanche nargue
le vent indiscret
le bois coupé lorgne
le ciel du matin
dans le fourré se tient
le conseil des moineaux
l'être essaie ne sait quoi
se tourne de tout côté
que dire cet endroit est
si petit vide peut-être
alors attendre parler peu
ou se couper la langue
c'est si dur parfois
cela détruit en douce
ceux à qui on ne parle
pas ou presque plus
à force de retenir et
de vouloir les aimer
aimer quelle histoire
un œil dans chaque main
les pieds couverts d'étoiles
alors partir au loin se taire
ne pas détruire jamais
et cet endroit si petit
l'être n'y peut plus rien
un rouge-gorge étoufferait
de voler sur des braises
n'arrivait-il pas à
remettre en place
la poignée d'une porte
à cause d'une vis
au pas forcé.

•

Une aile seule au petit matin
fugace abri du vide apparent
invisible appui sans lequel
les fortes plumes ne seraient rien
une aile suffit à l'être en éveil
tourné vers les îles blanches
pour que les mots lui viennent
aussitôt repris par l'air
soumis au hasard des lèvres
magie des grands voiliers
qui sillonnent le monde
glissent sur les nuages
ouvertes les lèvres sont la vie
fermées aussi rouges blêmes
violettes pincées pulpeuses
serrées ou molles riantes
arrondies séduites étonnées
par le souffle des mots
qu'en son corps tout son corps
l'être découvre une aile suffit
écoutait-il le chant du figuier
et le bruit des bottes
aux limites de la ville et
le silence apaisé des amants.

•

Perdre n'est rien perdre quoi
si un enfant joyeux passe
à cloche-pied sur le trottoir
si les ruines des batailles
se parent d'herbes folles 
si douce peau jamais vue
ni touchée devient rêve
le reste est vaine illusion
bourrasque brindille au vent
peur de perdre quand soudain
du lointain vibre le sang
des tam-tams sol primaire
martelé par les corps
arbres rouges chemins nus
alors se perdre quand vient
le moment où vivre pour
l'être est délicat attendre
est-ce son lot sa foi jamais
sauter franchir les lignes
de fuite aimer se perdre
n'est rien le rien toujours
surgit sans s'annoncer
l'être a rejoint l'enfant
dégustait-il anchois tomates
oignons confits origan
dans la lumière
d'un vin de Brescia.

(2 septembre 2014)
Toulouse, 24 juin 2014, 21h34. ©JJMarimbert


lundi 1 septembre 2014

L'escargot


Rares les occasions
pour le colimaçon
de rire préoccupé
qu'il est de ne pas
s'envoler sans ailes
enfin dit-on car
ses fiers tentacules
que les voiliers imitent
pourraient tenir de mâts
nouant avec astuce
feuilles de peuplier
s'il savait se placer
pour attraper le vent.

Car naviguer jamais
au ras de l'eau il sait
lui qui ne passe le seuil
qu'aux gouttes de rosée
mais voler sous la pluie
défier les gouttes d'eau
et glisser enfin libre
or là n'est pas loin
s'en faut son souci
car planer après tout
est commun tant le font
qui finissent par tomber.

Alors qu'en sa coquille
bien logé en lui-même
qu'il soit gris ou rayé
gros balourd ou foncé
l'escargot règne en maître
au plus profond il luit
labyrinthe de nacre où
nul ne peut l'atteindre
alors là oui son rire
retentit et résonne
en galerie de glaces
il se mire au secret.

Bien modeste victoire
le monde colle à lui
sans lui s'effondrerait
tel un tas de gravats
une frise de ruines
où qui veut peut
entendre les cris
et gémissements
des naufragés du ciel
de ces fats emplumés.

(10 août 2014)